La gestae d'Aloïs
Par Aloïs 

Acte I : Mon enfance 
 
Aloïs, s’est ainsi que l’on me nomma – « l’illustre combattant ». Né en l’an de grâce 997 du troisième âge des hommes. Je suis le descendant du trône de Rhonadilh, seigneur des terres de feux, la patrie des premiers dragons. Mais hélas, je suis issu d'une branche bâtarde illégitime, dont mon père défunt était le roi, et ma mère une inconnue. Je ne pus prétendre au trône lors de mes sept ans, lorsque mon père succomba à une mort des plus mystérieuses; et dont je fus écarté par l’ancien bras droit de mon père « Zakarov », le nouveau régent. Je fus hanté par la nuit qui suivit le décès de mon père, où il pénétra dans le palais royal avec des partisans, assassinant mon demi-frère « Ulrich » et ma demi-sœur « Flavia », que je cru longtemps morte. Je m’étais réfugié dans la chambre royale du palais, mais Zakarov me trouva. Je fus pris en étau dans cette pièce sans issue, ne pouvant lui échapper. Zakarov me fixa d’un regard froid, attisé par une velléité mégalomaniaque. 
 
Il s’approcha lentement vers moi, le visage déterminé et serein, marqué par un rictus. J’étais tétanisé par la peur, et une fois arrivé devant moi et voyant que je ne pouvais m’enfuir car dévoré par la peur, il me dit :  
- « C’est à la fois curieux et amusant, le même couteau qui ôta la vie de ton père ! ».  
Je crus que ce soir-là j’allais rejoindre mes aïeux. Mais le destin en décida autrement, Zakarov me tenant sous le joug de son poignard, me dit : 
- « humm, en fin de compte il est inutile que je te tue, tu n’es qu’un bâtard ! Tu ne seras jamais le seigneur de ces terres, et je pense que les Guildes me seraient davantage reconnaissantes, si je leur ramenais ta sale trogne de bâtard ! ». 
Il me captura et me traîna hors du palais du haut de son épaule. Je vis de mes yeux opacifiés par mes larmes, les murs et escaliers du palais, couverts par le sang des innocents, subissant cette purge orchestrée par les Guildes du Royaume. Mais c’est alors que je fondais désespérément en larmes que je fus secouru par un chevalier du temple, barrant le chemin à Zakarov. Il me jeta violement au sol et provoqua à haute voix le templier :  
- « Misérable ! Que fais-tu ici ? Tu devrais être mort ! J’avais donné l’ordre de tous vous traquer, et de vous exterminer ! ».  
Le chevalier se dressant devant ce traître, lui répondit avec mélancolie :  
- « Je te félicite chancelier « Zakarov », ou devrais-je dire, « Fallax », le dragon ou le renégat. Tu as réussi à venger tes ancêtres du culte du dragon en détruisant le royaume de Rhonadilh, lui qui avait mis fin à la domination des dragons sur les hommes. Mais ton destin et ton court règne s’achève ici ! ».  
Zakarov lui répondit d’un air enjoué :  
- « Mon destin ! Mais c’est le vôtre qui s’achève aujourd’hui ! Vous, les traîtres qui avaient jadis trahi le Culte, vous avez enfin été châtiés et chassés des terres draconiques par le Nouveau Culte du Dragon ! »
Pour "activer" l'affichage d'une flèche, utilisez sa propriété "Visible"
Le Templier répondit :  
- « Tu as laissé ce sorcier à la langue fourchue, ce vil serpent, corrompre ton âme ! Tu as réussi à ruiner le royaume dans le chaos, l’entraînant dans une lutte fratricide, le plongeant dans une effusion de sang ! Ton existence prend fin ce soir ! »  
Fallax mettant fin à ce prompt dialogue dit : 
- « Je vais me charger personnellement de toi, ton échec marquera la fin définitive de cet Ordre de traîtres ! »  
Pris dans son élan, il tenta d’invoquer un sort en langue draconique, mais le chevalier ne se laissa point surprendre par cette ruse et le chargea en hurlant « POUR MES FRÈRES ! » « POING FOUDROYANT ! ». Zakarov eut à peine le temps de finir son incantation qu’il fut happé par le courroux du templier. Il le propulsa jusque dans le hall du palais, et il se releva, prit son épée par la lame, hurlant : « Pour les Nathlekhs », le frappa d’un coup aussi rapide que l’éclair par le pommeau de son épée, lui brisant le crâne. Le chevalier qui était parvenu à éliminer tous les sbires de Zakarov et Zakarov lui-même, s’avança jusque devant moi en boitant, me détachant de mes liens.  
 
- « Mon garçon, je suis désolé pour ta famille, mais on ne peut plus rien faire pour eux, ils sont morts. Je suis Karlomang, chevalier de l’Ordre des Nathlekhs, gardien de la Côte des Dragons. J’étais un ami de ton père, j’ai combattu avec lui contre les invasions des homme-lézards qui ont tenté d’envahir notre royaume. Il était mon roi, je fus, je suis, et je resterai, son loyal serviteur. Tu ne pourras jamais faire revenir ta famille, mais tu pourras les venger. Il faut que tu viennes avec moi, nous devons rejoindre mes frères survivants aux montagnes du jugement. Aloïs ! L’unique descendant du trône de Rhonadilh, veux-tu devenir un chevalier et venger ta famille et tous les autres qui ont subi le même sort ! » 
 
Je répondis en m’essuyant mes larmes :  
- « Oui ! Je deviendrai un chevalier ».  
Je saisi la main du chevalier, il me prit avec lui sur son cheval, et nous galopâmes à travers les plaines du royaume, que nous quittâmes deux jours plus tard, avant de rejoindre les montagnes du jugement. Je laissai derrière moi mon passé et je commençai ma formation de chevalier au sein de l’Ordre des hospitaliers, au Temple du jugement divin.
Acte 2 : Ma quête 
 
Je fus un chevalier, un illustre combattant aux prouesses martiales aguerries, issu d'un long et périlleux apprentissage auprès du dernier ordre hospitalier des Nathlekhs. Je me suis retrouvé depuis ma plus petite enfance, dans l'ordre des Hospitaliers. J'ai grandi au sein de cet ordre, qui était à lui seul ce qu'une mère et un père ne pouvaient m'offrir. J'ai passé la moitié de ma vie à apprendre l'art du combat et de la guerre, afin de ramener l'ordre, la sagesse et la stabilité dans mon royaume qui ignorait ces valeurs pieuses. Sombrant dans le sang, la ruine et la corruption des Guildes, qui finirent par mettre à prix ma tête. 
 
Je me suis exilé lorsque le dernier ordre faillit face à la ligue des Guildes, ayant assassiné tous les maistres, nous devînmes des chevaliers sans maîtres et l’Ordre fut dissout. Rien ne put apaiser mon âme face à ce désarroi, à cet affront ! Et rien ne put me retenir dans ce que j'eu pu considérer comme mon royaume. Le temple des hospitaliers ayant été détruit, je n’avais plus aucune attache à ces terres stériles de libertés. Je me suis donc exilé par honte de l’échec, face à mon impuissance à ne pouvoir contrecarrer les plans abominables du Culte du dragon et la corruption des Guildes. Je me suis lancé dans une dernière croisade, errant dans toute la Côte des Épées afin de protéger les rares valeurs de la chevalerie.
Acte 3 : Une rencontre inattendue 
 
J’ai exploré les quatre coins de Faerûn, je vécus d’innombrables péripéties, rencontrant des individus de race qui m’étaient inconnues, hormis de livres. Mais je fus surtout marqué par le Val gris, le pays des elfes, où je fis une rencontre inattendue. Je vis ma sœur Flavia que je n’avais point vue depuis vingt ans. Elle avait effectivement changé, tellement changé, à tel point que j’ignorais que ma sœur était une elfe, en réalité. J’étais tombé sur elle par hasard, lorsqu’une bande de rôdeurs elfes tenta de me dépouiller. Ces huit bandits elfes des bois du Val gris, furent surpris par mes compétences guerrières. Je n’eus aucun mal à me débarrasser d’eux, malgré leur vivacité, je réussis à en blesser quelques-uns, les faisant fuir. Je suis un chevalier, pas un assassin, je ne voulais point les tuer ; mais j’avais blessé gravement de manière accidentelle une elfe parmi le groupe de forcenés. Moi-même ayant pris quelques coups de couteaux, je fus affaibli par cette rencontre peu amicale. Ces vauriens ayant abandonné cette elfe, je m’avançai devant elle ; mais elle perdit conscience par la douleur de ses blessures. Je pris pitié d’elle car même si elle fut mon ennemi, elle ne méritait point d’attendre sa mort dans l’agonie et la solitude. Je dressai un camp de fortune au bord d’un bosquet. Je ne pouvais pas transporter l’elfe plus loin, de plus, j’avais peur de tomber de nouveaux sur des pillards dans la forêt du Val gris. Je restai environ quatre jours avec l’elfe, prenant soin de soigner ses blessures à l’abdomen et à son épaule droite.  
 
Elle s’était jetée sur moi lorsque j’allais assainir un coup puissant à leur chef, mais elle encaissa le coup à la place de ce dernier qui prit aussitôt la fuite. Fort heureusement et curieusement, elle n’était pas une elfe des bois, elle était plus à même que ces camarades des bois à encaisser un coup ; car un elfe des bois aurait pu difficilement survire à mon attaque. Pendant ces jours de convalescence, j’eus le temps de fouiller dans ses affaires ; je trouvai des objets de piètre importance et sans doute volés. Mais lorsque je soignai l’elfe, je vis qu’elle portait un médaillon qui me paraissait familier, puisque c’était un pendentif royal des seigneurs de Rhonadilh, une tête de dragon en or orné de deux yeux en rubis.  
 
Sur l’instant, je fus confus, rongé par la question sur le pourquoi -et- le comment aurait-elle peut obtenir ce joyau réservé à l’unique seigneur de Rhonadilh de son vivant, puisqu’il était destiné à orner le corps des seigneurs défunts. Le dernier à en posséder était mon père, qui fut le dernier roi du trône.
Aux lueurs de l’aube du quatrième jour, l’elfe reprit conscience. Elle fut à la fois rassurée d’avoir été pris en charge par mes soins, mais également terrifiée par ma présence. Je lui fis signe de ne pas s’inquiéter, je lui apportai à boire et à manger. Elle n’avait rien avalé depuis notre première rencontre mouvementée, elle se restaura, mais affaiblie, elle s’endormit. Je veillai sur elle jusqu’à la nuit, puis au petit matin du cinquième jour, lorsque je me réveillai, je vis sa paillasse déserte. Je pris alors mes affaires et levai le camp. Je parcouru à peine quelques centaines de mètres, que je la vis couchée contre un arbre en face d’un ruisseau. Je m’approchai devant-elle, lui disant : 
- « Bonjour mademoiselle, je vois que vous vous êtes bien remise de vos blessures, ce qui est à la fois surprenant mais agréable pour vous, comme pour mon esprit. »  
Je lui tins un hochement de tête pour lui dire bon vent. Mais d’une voix douce et d’un ton affaibli par la convalescence, elle me dit : 
- « Merci homme. Je regrette ce que j’ai fait ! Je suis désolée ! Mais pourquoi m’avoir secourue ? »  
Je restai le dos tourné en lui répondant :  
- « Parce que la souffrance ne mérite pas d’être endurée, surtout si elle est provoquée par une cause noble, un acte sage. Votre chef allait me poignarder mais j’étais enclin à riposter et même à le neutraliser. Mais vous n’avez pas tenté de m’attaquer, mais de m’empêcher de le tuer. Vous m’avez ainsi protégé d’un acte cruel animé par ma rage, mais également sauvé la vie de ce misérable, même si c’était un vaurien. Je ne pouvais pas vous abandonner dans cet état, car mon âme et ma conscience auraient été hantées par le déni, de ne pas avoir été bon, comme vous l’avez été avec votre compagnon. » 
Je me retournai et lui adressai de nouveau la parole :  
- « Vous n’avez pas à m’être redevable. Mais j’ai juste une question à vous poser sur cet objet : Où avez-vous trouvé ce médaillon ? 
Son visage fut marqué par un désarroi, et me répondit : 
- « Je ne peux pas vous le dire, seulement qu’il m’appartient depuis toujours ! » 
Je fus stupéfait, et m’empressai de lui répondre : 
- « Il vous appartient ? Depuis toujours ? Vous êtes au courant que ce médaillon appartenait au seigneur de la côte des dragons !? Et que ce dernier fut assassiné par l’ignoble Fallax !? » 
Elle me répondit la tête baissée : 
- « Il n’était pas mon père ! »  
- « Bien évidemment qu’il n’était pas votre père, puisque vous êtes une elfe, et lui un homme, dont son seul fils se trouve devant vous ! »  
Et me répondit soudainement en relevant la tête :  
- « NON ! C’est incertain ! Ce n’est pas possible ! Tu serais : Aloïs ? » 
- « Oh je suis flatté que l’on connaisse mon nom jusqu’aux confins de Faerûn, car ma tête est mise à prix dans pratiquement toute la Côte des dragons ! Et tu viens de me dire que tu as osé souiller et dépouiller les tertres de mes ancêtres. Je commence à regretter amèrement de t’avoir sauvé.
Elle stoppa ma paranoïa en criant : - « NON ! Arrête ! Tu te trompes ! » 
Je repris mes esprits, réfléchissant mûrement ce qu’elle venait de me dire. Je fus troublé par mes réflexions, par mes questions auxquelles j’avais besoin de réponses : 
- « Tu viens de me dire que tu n’étais pas sa fille, mais tu es une elfe, tu ne peux pas être la fille d’un Homme ? Ou alors une demi-elfe ? »  
- « Je ne suis moi non plus pas originaire de cette terre, je viens d’un royaume qui n’existe plus. Je sais juste que mes parents ont été assassinés et que j’ai été adoptée par Adélaïde la femme d’Harald. » 
- « Tu serais alors … » 
- « Flavia ! Dont l’unique héritage que j’ai conservé d’eux est ce médaillon. Une histoire que je n’ai jamais racontée auparavant, et que j’ai presque failli oublier… ! Maintenant tu sais que je ne suis pas ta sœur de sang, Aloïs ! » 
- « Mais ma sœur n’était pas une elfe ! Tu lui ressembles c’est vrai, même à l’identique, mais … » 
- « Mais mes oreilles n’étaient pas légèrement pointues ? Mais c’est parce que je n’avais que cinq ans, Aloïs. » 
- « Mais c’est surtout que je te croyais simplement morte ! Comment as-tu survécu ? » 
- « Je me suis enfuie avec ma préceptrice qui était une elfe du soleil. Elle me donna le médaillon qu’elle avait reçu de la femme du roi, avant que cette dernière ne subisse le même sort que son époux. Elle m’apprit tout ce qu’il y avait à savoir sur mes origines, elle m’a éduquée et s’est occupée de moi comme une mère l’aurait fait, jusqu’à ce qu’elle se fasse assassiner par la guilde des Illuminas, quand j’avais seize ans. Cette même guilde, qui est à l’origine du déclin de la race des elfes du soleil, qui était jadis originaire de la Côte des dragons, ayant été anéantie avec l’appui du Culte du dragon. Nous sommes des elfes qui ressemblons aux humains, nous sommes plus robustes que les elfes conventionnels et nos traits sont similaires à ceux des Hommes, même si nous sommes différents les uns des autres. Et tout comme le royaume, nous avons subi cette purge ; j’ai donc fui le royaume dès que j’en ai eu l’occasion. »  
- « En fin de compte, nous sommes tous des exilés. Et même si tu n’es pas de mon sang : tu fus, tu es et tu seras toujours ma sœur pour moi. Je suis plus qu’heureux de te savoir sauve. Et que le destin nous ait réunis, certes en des circonstances plutôt tendues mais qui nous ont permis de nous retrouver. »  
Je lui tendis la main en tenant le médaillon : « Il t’appartient, et maintenant en plus des quelques bribes de souvenir, il te rappellera ton frère. »  
- « Mon chemin est encore long et sûrement parsemé d’épreuves, mais je vais à Neverwinter, on dit que c’est le dernier grand royaume libre de Faerûn. Désires-tu me suivre ? »  
- « Jusqu’au bout du monde ! »
Acte final : Mon quotidien 
 
Ainsi, nous partîmes pour Neverwinter. Je combattis à mon compte pour le royaume, tandis que ma sœur, par la nostalgie et la tentation irréductible, préféra la voie de la piraterie et travailla pour l’un des corsaires de Neverwinter. 
Je suis ainsi devenu un fervent défenseur de Neverwinter, l'un des derniers royaumes stables de la Côte. Mais j'ai également trouvé une nouvelle voie au sein de l'Ordre du Dragon Noir, ce qui m'a permis de me rappeler d'où je viens ; et par la même occasion, de retrouver le sentiment d'avoir « un chez soi », une maison et un idéal à défendre.